Interview donnée à l'occasion de la sortie de l'édition de Luxe de Planète Dakoï.
Pour ton premier album chez Soleil, tu as
choisi de contrôler tout le côté artistique, scénario et dessins. Tu
préfères travailler seul ?
Oui. Les scénaristes avec qui j'ai travaillé jusqu'à présent
n'avaient pas la même sensibilité que moi. Et comme j'intervenais
beaucoup dans l'élaboration des scénars, surtout pour éviter trop de
bêtises, j'ai décidé de continuer seul. De plus, beaucoup de scénarii de
BD sont très pauvres en idées. La plupart des auteurs écrivent des
synopsis de 150 pages, mais ne développent aucune idée originale.
Peut-être aussi le fait que pendant six ans j'ai travaillé sur des
textes d'autres personnes, a provoqué chez moi une grande frustration.
Je travaille donc seul ou bien j'écris des histoires pour d'autres.
Pourquoi venir à la SF ?
Le genre possède plus de contraintes que l'Heroïc Fantasy. Je suis dans
une phase où plus c'est compliqué, plus ça me plaît. Mais plus que la
SF, il s'agit d'un Space Opéra. D'ailleurs, j'ai hâte d'être plus loin
dans l'histoire. Le tome 1 n'est que très peu représentatif de la série.
J'espère réussir le côté boule de neige du récit. Bientôt, on verra que
presque chaque page fait partie d'une grosse machinerie scénaristique.
Penses-tu que le retour de la SF dans la
BD aura le même impact qu'au cinéma ?
Au cinéma, la SF revient grâce aux nouvelles techniques, aux effets
spéciaux... En BD, on n'a pas toutes ces armes. Par contre, à moindre
frais, on peut créer des univers vraiment sympas. Ce qu'il faut, c'est
faire rêver le lecteur. Je n'ai d'autres envies que de distraire mes
contemporains. Et je crois qu'au cinéma, c'est pareil. Si les gens se
ruent pour voir Star Wars, c'est parce qu'ils savent qu'ils vont être
ailleurs pendant deux heures et qu'ils garderont des images plein la
tête. Il n'y a pas de raison pour que cela soit différent en BD.
À la lecture de KOOKABURRA, on
pense à l'univers de Dune et de la Guerre des Étoiles, tu parlais
de Space Opéra tu t'y sens plus à l'aise que dans la SF pure
?
La SF pure demande des connaissances scientifiques que je ne possède
pas. Déjà, pour KOOKABURRA, j'ai passé de longues heures à discuter
physique, chimie, astronomie... avec Gilbert Marchiano, afin de ne pas
raconter que des bêtises. Avec lui, ce qui était fascinant, c'est que
même les trucs que je ne comprenais pas, me faisaient rêver. En plus, il
est lui aussi un peu poète et il trouvait plein d'explications
philosophiques à ce qu'il racontait. Le passage avec les Lamantins lui
doit beaucoup. Quant aux influences cinématographiques de KOOKA, elles me
paralysaient un peu au début. Et puis le côté clin d'oeil était sympa,
je me suis donc débarassé de mes angoisses car je sais où je vais, et le
fait qu'on pense à certains films m'aide à brouiller les pistes. Je
crois que je vais vraiment surprendre les lecteurs avec les albums
suivants, surtout à partir du troisième.
Le découpage de KOOKA est à la fois
classique et audacieux. Y a-t-il un système narratif qui t'inspire dans
la BD actuelle, tels que les mangas ou les comics américains
?
Pas vraiment dans les autres BD, je n'apprécie que moyennement les
mangas et les comics. C'est vraiment le cinéma qui me fascine. Question
de scénario !... Je considère mon découpage plus comme de la mise en
scène. Dans ma tête, une case horizontale correspond à un balayage de la
caméra de gauche à droite, ou inversement. J'utilise le champ et
contre-champ, bref, je dessine du cinoche, quoi. Enfin... dans ma tête
c'est comme ça. J'espère que les lecteurs y sont sensibles.
Dans PLANÈTE DAKOÏ, tu mets
en place plusieurs personnages, les enfants, dans de courtes séquences.
On le sent, ils vont avoir un rôle clé dans l'histoire. Par ailleurs,
nous suivons la mission de Dragan de bout en bout. On a presque
l'impression qu'il y a deux histoires. Quel est le lien qui les unit
?
Comment répondre à cette question sans dévoiler les clés de la saga
?... Tout dans cette histoire est lié. Je suis fasciné par la maîtrise
des scénaristes américains. Chaque scène a une importance dans la
logique de leurs hitoires. J'espère réussir le même tour de force. De
plus maintenant que l'univers est en place, cela va être un régal de
jouer avec les personnages. Je n'ai qu'une seule crainte, c'est que
cela parte dans toutes les directions. Mais bon, le plan du scénario est
solide, je crois que je le maîtriserai. Par contre, chaque tome sera
construit de la même façon : un fil conducteur, les enfants, qui se
dénoue petit à petit et une aventure complète avec Dragan et ses
compagnons.
Taman-khâ et Dragan se retrouvent
sur la planète DAKOÏ pour les mêmes raisons : retrouver le Prince
Sorcier, qui traduira le message. Pour l'instant, ils combattent côte à
côte. L'Amazone va-t-elle rester fidèle à Dragan ?
Dragan est un sniper ! il exécute les missions qu'on lui confie. Les
snipers agissent seuls ou par équipe de deux. Mon beau-frère qui est
militaire, m'a confié que le cauchemar de chaque compagnie était d'être
la cible d'un sniper. Ce sont des soldats hyper aguerris. On leur confie
une mission, ils partent par leurs propres moyens, exécutent la mission
et reviennent par leurs propres moyens. Ils vivent un peu en marge des
armées classiques. C'est ce qui m'a plu. J'ai transposé tout cela dans
le futur et dans le Space Opéra. Quant aux rapports que Thaman-Khâ et
Dragan entretiennent c'est difficile pour l'instant d'en dire plus.
Autant la trame générale et les implications de l'histoire sont bien
définies, autant les rapports des personnages entre eux peuvent évoluer,
dans un sens, comme dans un autre. J'aime bien être surpris moi-même
lorsque je raconte une histoire.
Et dans quel univers viennent les fameux
Princes Sorciers ?
Ils sont un peu comme les Jedi, mais Kibul Khaâ est le dernier
d'entre eux. Il est une sorte d'aristocrate de la sorcellerie. Il
possède le savoir cosmique. Dans un prochain album j'expliquerai en
détail la fin de sa race. Une chose est sûre, il connaissait le
message envoyé par les Aborigènes. Il sait les implications de cette
prémonition ancestrale.
Justement tu expliques que le Kookaburra
est un oiseau d'Australie. Pourquoi avoir choisi les Aborigènes pour
envoyer ce message ?
Je suis allé en Australie, il y a une quinzaine d'années. Le pays est
magnifique et la culture aborigène est en train de se redécouvrir.
Pendant des siècles, on les a pris pour des sauvages, et maintenant on
se rend compte qu'ils étaient très spirituels. Ils ont des légendes et
des mythes extraordinaires. Les cinéastes et les écrivains de ces
antipodes les utlisent un maximum. Pour la SF c'est un creuset
formidable. Ils sont sur terre depuis 60 000 ans, et on vient de
découvrir des peintures qui dateraient de 75 000 ans. Ils ont une
sagesse qui ferait rougir de honte le plus vertueux des Boudhistes. Ils
respectent tout ! tu ne déplaces pas le plus petit rocher, la moindre
pierre. Si elle est là, c'est qu'elle devait y être donc il n'y a aucune
raison de la déplacer.
Comptes-tu achever KOOKABURRA dans un nombre de tomes déjà déterminé, ou alors as-tu prévu une série en plusieurs cycles ?
Tout ce que je sais, c'est que ce sera long ! On est parti pour une saga
style Dune où Les neuf Princes d'Ambre ! Mais que les lecteurs se
rassurent dans chaque album Dragan vivra une aventure complète. En
ce qui concerne les cycles, je crois qu'on a un peu perdu le sens de ce
mot, le cycle de ceci, de cela...Lorsque KOOKABURRA sera terminé, on
verra si cela vaut la peine de continuer, si les idées sont bonnes.
Dragan pourrait avoir d'autres aventures.