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Toute résistence est
inutile. Nous avons les moyens de vous faire parler. Veuillez décliner
tout d'abord vos nom et identité.
Didier CHRISPEELS, dit "Crisse", né le 26 février 1958 à Bruxelles.
Pouvez-vous justifier votre
emploi du temps durant vos vingt premières années ?
Après des études secondaires tout à fait normale,
ponctuées de cours du soir en dessin, je voulais m'orienter vers la
pub mais je me suis finalement retrouvé dans la BD.
D'après vos renseignement,
vous êtes réputé pour avoir un caractère difficile !
Heu... oui... je suis plutôt gentil, d'un caractère
enjoué, et grivois à l'occasion.
Le fait que vous fassiez de
la bande dessinée est déjà un délit grave en soi. Bénéficiez-vous de
circonstances atténuantes ?
Dès le départ, j'ai fait de la BD parce que je
voulais raconter des histoires...
Où avez-vous commis vos
premiers délits ?
J'ai fait mes premières armes dans le fanzine "CURIOSITY" en Belgique, ce furent
mes premiers travaux rénumérés (mal rénumérés !). Puis ensuite j'ai
publié deux planches dans la revue "SPIROU", dans la rubrique "carte
blanche", où la parole était donnée à de jeunes dessinateurs.
De quoi s'agissait-il ?
D'une histoire de dauphins intitulée "Océan's Kings". C'était en 1980, bien
avant "Le grand bleu", bien après "Flipper le dauphin" ! J'ai publié
deux albums de cette série chez Dupuis. J'avais tout pompé sur Dany au
niveau du dessin. Ca m'a permis de le rencontrer, il a été très sympa
!
C'est en copiant que l'on
devient soi-même !
Tout à fait ! Ensuite, après mon service
militaire, j'ai réalisé trois albums chez Tintin. C'était une série
dans le même style, pour enfant, intitulée "Nahomi" et qui a bien marché. C'est
pour ça qu'on m'a très vite classé parmi les dessinateurs qui font du
commercial.
Comment avez-vous réagi ?
J'ai dessiné une grande fresque historique, un truc qui se passe pendant la révolution russe. J'ai basé mon scénario sur une reconstitution historique impeccable, avec des tonnes de documentation. Je me suis fait plaisir, mais il faut croire que ça n'interessait personne. L'album s'appelait "UNDERKHAN", ça n'a pas marché. C'était en 1987.
Et vents d'ouest ?
Au cours d'une scéance de dédicaces, j'ai pris
contact avec les éditions Vents d'ouest, Jacky GOUPIL m'a filé un
scénario d'héroïc-fantasy. C'étaiten 1988, ça a donné "L'épée de cristal" qui est actuellement
un bon succès.
Justement parlez-nous un
peu de cette "Epée de cristal " !
C'est une héroïc-fantasy classique, avec une quête et tout ce qui s'ensuit, les bons, les méchants, etc... L'héroïne est une guerrière qui a pour mission de rassembler les masques des 5 sens, pour régénérer le pentack, afin que le bien triomphe du mal.
Damned ! Quel suspense ! Et le bien triomphe à la fin ?
Hého ! pas fou ! j'vais pas vous raconter la fin
! Le quatrième tome paraitra à la fin de l'année, alors patientez !
Enfin, comme vous avez de bonnes têtes, je vais vous donner un indice
: Si le bien tue le mal, alors le bien n'a plus de sens...
Pour le dessin, vous avez
abandonné le réalisme ?
Pour "L'épée de cristal", je me suis posé la
question : Qu'est ce que je dessine le mieux ? En gros, c'était les
nanas, un univers médiéval, et un raz-le-bol de la documentation !
"L'épée de cristal" collait parfaitement à ça.
Tu n'as pas l'impression
d'être arrivé au bon moment avec cette série ?
C'est vrai que c'est un style de dessin typique
de Vents d'Ouest (à l'époque il y avait Qwack et des gens comme ça qui
commencaient à faire un tabac). Mais le succès n'est pas seulement dû
au hasard, il faut savoir ce qui nous plait et cibler l'éditeur à qui
tu vas t'adresser.
Comment définirais-tu le
succès pour un dessinateur ?
C'est difficile à dire... Quand on bosse dans
l'édition on ne peut jamais avoir ce qui va marcher. Par contre, on
sait ce qui n'a aucune chance d'être vendu !
Actuellement, il est
clair que ce qui marche le mieux, c'est un style de dessin
semi-réaliste. Je vais être bassement matérialiste, mais la véritable
définition du succès pour un album, si tu vends 5000 exemplaires,
c'est correct. Moi qui ne suis plus un débutant, j'en suis à 25000 en
moyenne par album, c'est bien. Hormis les grands classiques de la BD,
quelqu'un qui vend à 50000 exemplaires, c'est le pied !
Quelle est la politique des éditeurs ?
Ils veulent gagner du fric, et c'est assez normal. Mais pour eux aussi c'est pas évident. Par exemple Vents d'Ouest vit sur les deux titres : "l'Epée de cristal" et le "Peter Pan" de Loisel. Les bénéfices servent à financer des projets de création, ouvrir la porte à des débutants, qui ne feront pas forcément un succès.
Et le dessinateur dans tout çà ?
Comme il n'a aucun contrôle sur ses droits d'auteur
et sur les ventes, le dessinateur doit négocier un maximum dès le
départ, sur le prix des planches.
Changeons de sujet, parlons BD. Quels sont tes lectures dans ce domaine ?
J'aime bien Dany, évidemment, mais aussi Andréas,
et des gens comme Arthur Qwack, Riff. J'adore leur dessin mais pas
trop les scénarios. Quand je suis arrivé à Vents d'Ouest il y avait
Qwack, Kisler, Ptiluc, Loisel en prévision. On était une bonne
équipe. Et c'est comme au foot, avoir une bonne équipe, c'est motivant
pour les joueurs. Maintenant l'équipe de Vents d'Ouest a diminué,
c'est domage.
Le cinéma ?
J'adore le cinéma américain, le grand, par
exemple la guerre des étoiles ou Indiana Jones. J'aime aussi l'héroïc
fantasy : Dark crystal, Légend... Et puis Disney aussi.
Tes projets ?
Après l'épée, je vais faire un album petit
format, avec des histoires courtes, un brin érotiques. Et il y a en
prévision une nouvelle série avec Goupil, "Laurette et Harpye", des personnages
issus de "L'épée de cristal". Côté illustration, je me tape toute
l'oeuvre de Jules Verne... Dites... J'peux m'en aller maintenant ?
Pas avant de nous avoir
donné le mot de la fin en guise de conclusion !
Quand est-ce qu'on mange ?
Crisse - Novembre 1992
