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Didier Crisse, tu as exploré
l'heroïc fantasy avec "l'Epée de Cristal", le thriller
psychologique et fantastique avec "Perdita Queen", la SF humoristique
avec "Kookaburra"... et aujourd'hui tu nous étonnes avec ce
romantisme vampirique !!
D'où te vient cette passion pour le vampirisme ? Depuis
longtemps ?
J'ai toujours aimé le fantastique, les univers romantiques et
gothiques, les romans et les films comme "Rebecca", "Jane Eyre", "Les
Hauts de Hurlevent" et bizarrement je mettrai dans cette
catégorie "Autant un emporte le vent". Etrangement, je me voyais
mal m'intéresser à un sujet tel que Dracula ou
Frankenstein, ou alors sous l'angle du "Bal des vampires". Jusqu'au jour
où j'ai vu "Les Prédateurs" avec Bowie, Deneuve, et
Surtout Susan Surandon. Le choc ! J'allais un jour faire quelque chose
avec des "êtres" genre vampire. Plus tard, la découverte
des romans d'Anne Rice a confirmé mon envie.
Le domaine des vampires a été
beaucoup exploré par la littérature, le cinéma et
la bande dessinée...Tu as encore envie d'y apporter ta touche
personnelle?
J'espère! j'y travaille beaucoup. Ce qui est
sûr, c'est que je ne compte pas utiliser le folklore qui leur est
lié comme base de création. Ce qui m'intéresse dans
les vampires, ce ne sont pas les gousses d'ail, les crucifix, les pieux
et les chauve-souris. C'est leur immortalité. Car si c'est le
fantasme de beaucoup de vivre éternellement jeune et beau,
comment cela se passe-t-il dans la tête lorsque la chose est
acquise?... Je suppose que même vampirisé un homme reste un
homme. Les idéaux résistent au temps, ou alors que
reste-t-il de ces idéaux si ceux-ci sont atteints?...
Qu'est-ce qui t'attire chez
les vampires? Leur vie nocturne? leur cruauté sans bornes? Leur
romantisme élégant? Leur vie passée et à
venir désespérante? Leurs univers fabuleux?
Leur sensualité. Je les assimile plus à
des panthères qu'à des volatiles nocturnes. Oui, c'est
ça, à des panthères noires. Fascination, peur,
admiration, désir; souffle chaud d'une nuit d'été,
orage, lumière, ténèbres, immortalité
fragile, prince de la nuit, voilà ce qu'ils m'inspirent.
Pourquoi les vampires
seraient-ils toujours élégants, propres sur eux, fins et
polis? Pourquoi pas moches, glauques, bêtes, sales et
beaufs?
A mon avis, les histoires de vampires sont un genre
littéraire et cinématographique dont il faut respecter les
règles. Si le folklore, déjà cité,
m'intéresse moins, le côté grandiose, biger than
live, me semble plus propice au rêve...et donc m inspire plus.
De tes personnages sont
irréels de beauté et d'élégance, tu ne
dessineras jamais des gens normaux?
J'ai envie de faire rêver et je suis
fasciné par la beauté ou celle qu'on nous impose. Mais je
reconnais que c'est assez superficiel. Tu sais, je suis autodidacte dans
la vie comme dans mon métier. Les choses progressent lentement
dans ma tête. Mais je crois que l'élégance et la
classe auront toujours leur effet sur moi. L'adrénaline
m'explosera malheureuse ment toujours la tête à la vue d'un
tailleur Chanel et de talons aiguilles.
Tes personnages, les plus
attachants sont plutôt féminins...Dis-nous
pourquoi?
C'est vrai que je me sens plus à l'aise avec
la psychologie des personnages féminins. Les femmes sont plus
complexes, plus subtiles. Elles offrent plus de possibilités
narratives. Un personnage masculin est toujours plus caricatural, plus
direct. Mais cet antagonisme de caractères permet des oppositions
sympas. D'autre part, je me nourris de lectures fantastiques en
cherchant le plus possible des écrivains féminins. Leurs
récits sont plus sensuels, plus chauds, notamment dans les
histoires de vampires. Bien que jouant le rôle de la victime, la
femme est souvent manipulatrice dans ces romans. C'est plus subtil que
quand un homme écrit, il a souvent du mal à percer le
côté androgyne du vampire... alors que toute
l'esthétique vampirique est plutôt féminine, avec
longs cheveux, finesse, etc...
Tu travailles comment sur une
série? En lisant sur ce thême? En regardant des films? En
te documentant? Donne-nous tes secrets de cuisine...
Avant de commencer un nouvel album, je lis
beaucoup. Pas forcément sur le sujet que je tente
d'élaborer. C'est ainsi que je me suis aperçu de la force
de certaines idées de roman. je trouve les "idées" des BD
très faibles par rapport à la littérature. Mais
comment faire sans plagier? Peut être en lisant beaucoup. Les
idées s'entrechoquent et finissent par sortir d'une façon
très personnelle. Du moins je l'espère. Les films
m'inspirent plus sur la forme que sur le fond. Sur la façon
de raconter une histoire... L'enchaînement des images, le
rythme... La documentation est très importante. Elle
crédibilise l'histoire. j'ai des classeurs complets sur tous les
sujets qui m'intéressent et je n en ai jamais assez.
Tu cherches à
surprendre dans tes histoires avec des niveaux différents: le
rêve, le passé, les vies antérieures et
parallèles... Tu n'as pas envie de héros qui meurent ou
d'histoires qui se finissent mal?
Je ne sais pas. Une histoire d'identification
peut-être: le héros meurt, l'auteur et donc le lecteur
aussi quelque part... Et puis tu sais, je suis très midinette.
Les films, les comédies, lorsqu'elles finissent mal je ne suis
pas content. D'un autre côté, des histoires romantiques qui
finissent bien, j'en connais pas beaucoup. Une histoire de vampires, si
on en fait des héros, cela m'étonnerait qu'elle se finisse
bien.
Pour toi, une bande
dessinée sur les vampires, c'est une série interminable ou
plutôt un one-shot? (genre une borne, histoire bouclée!)
Je serais assez partant pour un gros volume (120
pages). J'ai une grande ambition. Je voudrais créer un album
référence! Un truc incontournable qui se suffit à
lui-même et qui ne quitte jamais les bacs des libraires. Mais le
marché de la BD ne permet pas trop ce genre de folie.
Quoique...Enfin je cherche encore, j'ai quelques pistes...Mais je sens
que je n'ai pas encore le sujet ou l'idée...
Janvier 1998-Propos recueillis par Laurent Galmot
